mercredi 15 avril 2015

Le BÉARNAIS et le GASCON font-ils partie du domaine d'OC ?


Communiqué du secrétariat du
Conseil scientifique Béarn-Gascogne

FAUDRAIT-IL REFAIRE L’HISTOIRE ?

Inutile, elle est déjà en grande partie faite. Il suffit, pour la rappeler, d’énumérer les faits qui la constituent. Ces faits ont été pour la plupart établis au XIXe siècle. Nous ne faisons ici que les mettre en évidence et en perspective :
1° Les langues du midi de la France sont des langues néo-latines, qualificatif qui, mieux que “romanes”, indique clairement qu’elles sont dérivées du latin dit vulgaire. C’est en cela qu’elles sont apparentées.
2° Après Dante au XIIIe siècle, on les a indistinctement appelées « langue d’oc », afin de les différencier d’autres langues, notamment des langues dites d’« oïl » au nord ou de « si » dans la botte italienne. Cette distinction est fondée sur un seul critère de classement : la manière de dire « oui ».
3° Dire de cet unique critère qu’il est “limité” serait redondant. Comment, huit siècles après Dante, grand poète mais peu linguiste, peut-on encore classer des langues sur la seule façon d’exprimer l’acquiescement ?
4° Deux données doivent être prises en compte :
(a) Il y avait différentes manières de dire “oui” en latin : hō(c) et hō(c) ille. La répartition des langues néo-latines parlées en France (et un peu au delà) en « langues d’oc » et « langues d’oïl » est de toute évidence en rapport avec le type de latin vulgaire que parlaient les légionnaires lors de la conquête romaine. Ainsi les langues dites d’« oc » ont en commun d’avoir été colonisées par des troupes qui s’exprimaient en hō(c). Leur « unité », n’est donc pas intrinsèque, elle est importée. Il ne convient pas d’attribuer aux langues autochtones ce qui est attribuable à la langue de l’envahisseur.
(b) l’importance des substrats, c’est-à-dire des langues utilisées par les autochtones au moment de la conquête romaine sur ce vaste territoire entre l’Italie et l’Océan atlantique. Or la philologie romane a bien montré que c’est de la rencontre et de la « fusion » du latin et de tel ou tel substrat que sont nées les langues néo-latines que nous connaissons.
5° Compte tenu de ces deux données, il n’est pas acceptable de prétendre que les divers parlers du sud de la France constituent une seule et même langue, qu’on l’appelle « langue d’oc » ou, pire, « occitan ».
6° On semble avoir oublié les travaux réalisés par les romanistes depuis le XIXesiècle. Or ils ont clairement établi qu’on devait distinguer deux grands domaines dans les langues du sud de la France, le domaine de l’auvergnat - cévenol - languedocien – limousin - niçois – provençal, domaine toutefois composite donc aisément segmentable, et le domaine du gascon avec ses divers parlers, au premier chef le béarnais. Les critères discriminants ont été scientifiquement établis et ils sont bien connus : phonétiques, morphologiques, syntaxiques et lexicaux. Comment peut-on les ignorer ?
7° La recherche philologico-linguistique se poursuit. Si le domaine gascon est à part, avec des traits spécifiques, comme cela vient d’être rappelé, c’est que le substrat est aquitano-roman, et non « gallo-roman » comme certains l’écrivent encore (cf. Wikipedia). Le gascon, c’est bien connu, n’est pas sous influence celtique. Les Aquitains étaient ethniquement et linguistiquement différents. Il apparaît de plus en plus (grâce, entre autres, aux recherches toponymiques) que leur langue avait de nombreuses affinités avec l’euskarien, c’est-à-dire le proto-basque. Les liens historiques avec l’ibéro-roman (aragonais, castillan, portugais, catalan) ont également été reconnus.
Conclusion : non, il ne faut pas refaire l’histoire, mais la parfaire en poursuivant méthodiquement les recherches et, pour commencer, en refusant les prises de position idéologiques, sans aucun fondement scientifique, dont l’effet contre-productif est de diviser, non de rassembler.
Avril 2014

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