lundi 2 novembre 2015

CONSULTEZ LES PAGES DU BLOG «BIARN TOUSTÉM» - LE BÉARN ET SON HISTOIRE


Le blason des Foix-Béarn au château de Pau
Statue de Gaston Fébus vue de dos
Au pied du château, la tour de la monnaie
Les Béarnais et leur langue ont mille ans d’histoire. Le Béarn, sans frontières naturelles sauf un bout de Pyrénées, est le fruit de cette histoire. Géographiquement il s’inscrit dans le bassin de l’Adour, fleuve qui naît près du Pic du Midi de Bigorre et se jette dans l’Atlantique à Bayonne. Une double influence pyrénéenne et maritime y crée un climat doux et humide avec fréquence, même en hiver d’un vent du sud chaud, « fœhn » favorable à la culture du maïs et à la maturation du jambon de Bayonne. Du point de vue humain, le Béarn s’inscrit dans la Gascogne au sens large, vaste province qui déborde un peu au-delà de l’Adour vers la rive gauche de la Garonne. C’est une région où les hommes, avant guerre portaient le béret , où les cultures se faisaient à l’aide d’attelages de bœufs, où l’on cuisine à la graisse de porc ou de canard gras, où le rugby est le sport principal, l’éloquence une vertu appréciée, et la tolérance une prudence naturelle. Nous retrouverons cette région sous divers aspects au fil des siècles : Novempopulanie des Romains, Archevêché d’Auch depuis le Moyen âge, Généralité de Gascogne au temps des grands intendants, Cour d’Appel de Pau aujourd’hui encore.
Au sud de ce bassin, le Béarn, ressemblant à un cœur dont la pointe serait appuyée sur les Pyrénées, est traversé par plusieurs affluents de l’Adour, « gaves » torrentueux des montagnes, ou rivières nées dans les coteaux du nord de Pau. Mais, diriez-vous alors, si le Béarn est en tout et pour tout un coin de Gascogne, qu’est-ce qui le distingue ? Et bien justement : l’Histoire.

• Magdaléniens, Romains, Wisigoths , Francs, Vascons et Normands
C’est pourquoi nous glisserons rapidement sur les millénaires obscurs où politiquement, le Béarn n'avait pas pris corps. Il eut, il y a 15 000 ans, un foyer de civilisation magdalénienne autour d’Arudy, à la limite du glacier quaternaire couvrant la vallée d’Ossau. Il y a 3 000 ans à l’âge du bronze, les ancêtres des Béarnais pratiquaient déjà le long de chemin de crête une transhumance de troupeaux, l’été en montagne et l’hiver dans la plaine, et des caravanes transportaient par le Cami Salié qui passe au nord de Pau le sel de Salies de Béarn. Avec les Romains, la voie de Bordeaux-Saragosse passa par Lescar, Oloron et le col du Somport. Parmi les peuplades aquitaniques citées par les écrivains latins (et qui devaient jusque-là parler une variété de basque) figuraient les « Venarni » dont la capitale était « Bénéharnum », aujourd’hui Lescar. D’où le nom du Béarn. Puis aux siècles noirs où se succédèrent Wisigoths et Francs, une poussière de vicomtés, l’espace béarnais, un temps rebasquisé par nos voisins transpyrénéens, les Vascons (lesquels ont laissé leur nom aux Basques et à la Gascogne), résista tant à la poussée musulmane qu’aux ravages Normands, qui, établis au IXème siècle à Bayonne détruisirent ou tout au moins démantelèrent Bénéharnum et Iluro, futur Oloron.

• De Gaston IV le Croisé à Gaston Fébus
L’histoire de l’état de Béarn commence au XIIème siècle. Trois vicomtes également prénommés Gaston en feront par étape un état indépendant. Le premier au XIIème siècle appartient à la dynastie locale des Centulle qui ont leur capitale à Morlaàs non loin de l’évêché de Lescar. Gaston IV le Croisé (1090-1131) participa d’abord à la reconquête sur l’Islam, d’abord de Jérusalem, puis de Saragosse, il construisit églises et hôpitaux, ouvrant vers Saint Jacques de Compostelle un chemin béarnais par le col du Somport et l’Aragon. Avec lui le Béarn bascula de la mouvance de l’Aquitaine dans celle du Royaume d’Aragon. A cette époque furent octroyés à ses villes les « fors », constitutions écrites. Le droit béarnais, favorable dans certains cas aux héritières, joua aussi pour la succession dynastique : plusieurs Vicomtesses ont exercé le pouvoir dont Jeanne d’Albret.
Au XIIIème siècle Gaston VII Moncade (1229-1290) transféra la capitale du Béarn de Morlaàs à Orthez, face à l’Aquitaine anglaise. Les liens s’étant relâchés avec l’Aragon, il ne peut refuser au roi d’Angleterre l’ancien serment de vassalité. Mais au XIVème siècle, Gaston III de Foix-Béarn dit Gaston Fébus (1343-1391), prince médiéval régnant sur une bonne partie des Pyrénées, se jugea, lui, assez fort pour limiter l’hommage dû au prince d’Aquitaine, à ses seigneuries gasconnes, « hormis le Béarn, car dit-il, il ne le tient que de Dieu ».
Il modernisa son état ; sa Cour au château d’Orthez fit l’admiration de son visiteur Froissart. ((Hélas : il y poignarda aussi dans un geste de colère son seul fils légitime, soupçonné d’avoir voulu l’empoisonner).

• Le « royaume de Navarre »
Au quinzième siècle, tandis que les Anglais perdaient l’Aquitaine, une quatrième « Gaston » Gaston IV de Foix-Béarn transféra sa capitale d’Orthez à Pau et épousa Eléonore héritière du Royaume de Navarre. Quand leur fille Catherine eut épousé jean d’Albret, riche prince garonnais, le roi d’Espagne s’empara en 1512 de ce pays. Les Albret ne purent conserver que trois cantons navarrais au nord des Pyrénées, suffisants cependant pour leur laisser le titre de « Roi de Navarre » qui fera de leur descendant Henri IV, le roi de France et de Navarre.
Auparavant, le Béarn devint au XVIème siècle le seul état protestant de l’Europe du Sud. Alors qu’une série de mariages ancrait ce « Royaume de Navarre » dans la mouvance française, l’épouse d’Henri II d’Albret, Marguerite d’Angoulême, nouait les premiers liens avec les Réformés. Leur fille Jeanne d’Albret, opta franchement pour le Calvinisme. Il en résultat en 1569 une catastrophique guerre de religions. La paix revenue, le Béarn resta protestant, même quand Henri IV se fut fait catholique pour accéder au trône de France.

• Le Béarn français, Pau ville anglaise, l’aviation et le gaz de Lacq
Le refus des états de Béarn de rendre aux catholiques béarnais leur liberté et leur biens, décida Louis XIII à venir avec ses armées en 1620 à Pau et Navarrenx imposer l’Union du Béarn à la France.
Cependant les États de Béarn et certains notaires continuèrent à employer la langue béarnaise jusqu’à la Révolution. Ces derniers signes d’une autonomie du Béarn disparurent quand ses élus eux aussi «renoncèrent aux privilèges». Le Béarn n’était plus qu’une moitié du département des Basses-Pyrénées, plus tard « Pyrénées Atlantiques », Bayonne et le Pays basque constituant l’autre moitié.

Deux épisodes restent cependant à ajouter à l’histoire des Béarnais : au XIXème siècle le phénomène de « Pau ville anglaise » qui amorcé dès 1818 avec l’arrivée des officiers anglais de Wellington, vit, grâce au climat, une riche population britannique s’y implanter pour un siècle. À la fin de la « période anglaise », le climat doux et sans vent du Béarn permet la naissance de l’aviation sur les landes de transhumance entre Pau et Uzein, avec les premiers vols des frères Wright et la formation de Guynemer, héros de la première guerre mondiale.
Et ensuite, de notre temps, le réveil économique né avec le repli en Béarn de chefs d’entreprise réfugiés (Turboméca, producteur de moteurs d’avions et d’hélicoptères, en est un exemple éloquent) conforté par la découverte en 1951 du gaz naturel de Lacq et l’adoption par les paysans du maïs hybride. L’un des effets induits est la création à partir de 1947 d’une Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), dont le Campus est en partie taillé dans des parcs d’anciennes villas anglaises.

Louis Laborde-Balen
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