vendredi 6 novembre 2015

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Petit historique de la graphie béarnaise

     ORIGINES DE L’ÉCRITURE BÉARNAISE. 
  Comme son nom l’indique, l’écriture dite béarnaise trouve son origine en Béarn et plonge ses racines dans les textes les plus anciens attestés jusqu’à présent, au XIème. Voici ce qu’en écrit Yan dou Bousquét en 1897, dans le n°1 des « Reclams de Biarn e Gascounhe » :
« L'orthographe traditionnelle, celle de nos Chartes et de nos Fors, celle que préconise M. Lespy, veut… »
     Le béarnais qui fut jadis langue d’État en vigueur non seulement en Béarn mais également dans les pays voisins, Soule, Basse Navarre et Bigorre, n’a jamais cessé d’être écrit. Comme toute expression d’une communauté humaine, il a subi diverses influences culturelles au gré de l’histoire.
     La première normalisation, c’est-à-dire le passage de l’usage scriptural à la norme orthographique, a été opérée par Vastin Lespy (Pau 1817-1897) et rendue publique par l’édition de sa « Grammaire béarnaise » en 1858. Vastin Lespy, professeur au lycée impérial, futur lycée Louis Barthou, républicain convaincu, a fondé sa normalisation orthographique sur l’étude approfondie des textes anciens du béarnais, lui permettant de dégager une graphie traditionnelle qu’il a cependant su actualiser et rendre accessible au plus grand nombre en prenant en compte évolution « naturelle » de la langue béarnaise.
     Une quarantaine d’années plus tard, le 1er avril 1900, la graphie de Lespy a subi à son tour une normalisation opérée dans le cadre de la toute jeune société félibréenne, l’Escole Gastou Febus, sous la direction scientifique du linguiste romaniste, toujours de renom, Édouard Bourciez (1854-1946) qui fut sa vie durant professeur à l’Université de Bordeaux. Cette seconde normalisation de l’écriture béarnaise a rendu la graphie de Lespy plus simple encore mais, conséquemment, lui a enlevé sinon un peu de son âme du moins deux de ses traits caractéristiques qui constituent à eux seuls une part importante du capital identitaire béarnais :
     • -x/-ix pour transcrire le son [ch] comme dans Soeix ouLedeuix ou même Amendeuix ;
     • le redoublement de certaines voyelles essentiellement en syllabe finale comme dans Morlaas, Neez, Puyoo…
    Après cette seconde normalisation, une 3ème s’en suivit en 1905 qui n’apporta rien de décisif et retira parfois un peu de clarté au texte rédigé par É. Bourciez. Fait plus marquant, dans son dictionnaire de 1932, Simin Palay introduit le « ẹ » dit pointé pour transcrire le [-é] final atone. Ce n’est que 70 ans plus tard que « Pays de Béarn et de Gascogne » puis l’IBG l’adoptèrent finalement, après divers essais, sous l’impulsion lumineuse de l’universitaire palois, Bernard Moreux, qui proposa de remettre en usage cet habile procédé typographique que l’outil informatique permettait enfin de reproduire aisément.
 Notre graphie patrimoniale, qu’il convient résolument d’appeler béarnaise et nonmoderne (ce qui ne veut pas dire grand-chose eu égard à la formidable relativité de ce qualificatif) ou pire encore, phonétique, ce qui pourrait signifier « dépourvue d’histoire » dans l’esprit de ceux qui utilisent cet adjectif, alors que c’est tout le contraire, eh bien notre graphie, donc, est bel et bien traditionnelle et héritière d’une longue histoire. Elle est en outre, malgré la normalisation félibréenne, encore porteuse d’une bonne dose d’identité béarnaise.
Pour information, sachez que l’autre graphie en usage sur le territoire béarnais pour transcrire notre langue patrimoniale est pudiquement appelée classiquenormalisée,occitane ou encore alibertine. Seuls ces deux derniers termes semblent la caractériser avec justesse et c’est donc ainsi qu’il convient de la nommer. Tout d’abord parce que cette graphie est la résultante de l’application au gascon, et donc au béarnais, de la « Réforme linguistique occitane », sous la forme d’un opuscule édité en 1952, et qu’ensuite, cette réforme linguistique a été exposée pour la première fois par le pharmacien audois, passionné de linguistique occitane, Louis Alibert, dans sa « Gramatica occitana » de 1935.





























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