ALLIANCE EUROPÉENNE DES LANGUES RÉGIONALES

Les 12 et 13 avril 2014, se tenait la 2ème édition du forum des associations de culture et traditions provençales à Maussane-les-Alpilles. Ce fut à cette occasion qu’une Alliance Européenne des Langues Régionales a vu le jour afin d’œuvrer à la reconnaissance des langues et cultures régionales encore non reconnues à ce jour. Provençaux, Nissarts, Cévenols, Valenciens, Auvergnats, Italiens des vallées alpines, béarnais et gascons… sont venus pour donner toutes les chances de succès à cette association. Organisée par nos dynamiques amis provençaux, cette naissance s’est déroulée dans une ambiance chaleureuse, conviviale et détendue.
Ci-dessous deux interventions, celle du président de l'Institut Béarnais et Gascon et celle du secrétaire du Conseil Scientifique Béarn-Gascogne.

• Voir également :

Colloque sur les langues régionales à Maussane-les-Alpilles - 12-04-2014



L'Institut Béarnais et Gascon ici présent vous dit bonjour à tous, « adichats à touts », amis de Provence, du Pays Niçois, des Cévennes, d'Auvergne, amis Valenciens et italiens réunis à Maussane-les-Alpilles, au cœur du pays provençal, tout près d'Arles, cette cité dont le nom claque comme un emblème au mistral de Provence.
Arles où nous étions présents le 17 mars 2007, à vos côtés pour clamer « Me dison Prouvènço » par nos 5000 voix réunies.
Un cri unitaire où chacun de nous se reconnaissait, en défenseurs d'une cause commune.
Béarnais et Gascons, nous nous sentions chez nous pour partager le même combat.
Nous voici revenus sept ans plus tard pour lui donner une ampleur nouvelle.
Qu'avions-nous proclamé à la manifestation d'Arles ?
- la résolution d'œuvrer conjointement pour la défense et la promotion de nos langues,
- le respect à tous les niveaux de leur pluralité et de leur nom,
- la promotion de l'enseignement du provençal, du nissart, du béarnais, du gascon, du languedocien, de l’auvergnat, du limousin, du cévenol, du valencien…
- le refus de l'entreprise d'aliénation et d'homogénéisation culturelle occitaniste.
Aujourd'hui rien n'a changé et ceux qui comptent sur notre lassitude ne nous feront baisser ni les bras ni la voix.
L'Alliance Européenne des Langues Régionales ouvre une perspective nouvelle en élargissant notre assise territoriale à la dimension de notre continent.
Aujourd'hui France, Espagne, Italie, et pourquoi pas d'autres demain ?
L'entreprise est ambitieuse mais si elle réussit, elle contribuera à réduire l'entreprise occitaniste à sa dimension d'anomalie totalitaire.
Et il va bien falloir que les politiques ouvrent enfin les yeux sur ce travestissement linguistique par le biais duquel ils sont trop nombreux à se laisser berner.
• « Tirém en daban » dit-on en béarnais.
• Allons de l'avant !
C'est là notre feuille de route commune.
Amical salut à tous.

Maurice Triep-Capdeville,
Maire honoraire de Nay,
Président de l’Institut Béarnais et Gascon
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MJC du LAÜ, 81 avenue du Loup, BP 60580 – 64010 PAU Cédex – E-mail : contact@languebearnaise.com

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Communiqué du secrétariat du
Conseil scientifique Béarn-Gascogne

FAUDRAIT-IL REFAIRE L’HISTOIRE ?

Inutile, elle est déjà en grande partie faite. Il suffit, pour la rappeler, d’énumérer les faits qui la constituent. Ces faits ont été pour la plupart établis au XIXe siècle. Nous ne faisons ici que les mettre en évidence et en perspective :
1° Les langues du midi de la France sont des langues néo-latines, qualificatif qui, mieux que “romanes”, indique clairement qu’elles sont dérivées du latin dit vulgaire. C’est en cela qu’elles sont apparentées.
2° Après Dante au XIIIe siècle, on les a indistinctement appelées « langue d’oc », afin de les différencier d’autres langues, notamment des langues dites d’« oïl » au nord ou de « si » dans la botte italienne. Cette distinction est fondée sur un seul critère de classement : la manière de dire « oui ».


3° Dire de cet unique critère qu’il est “limité” serait redondant. Comment, huit siècles après Dante, grand poète mais peu linguiste, peut-on encore classer des langues sur la seule façon d’exprimer l’acquiescement ?
4° Deux données doivent être prises en compte :
(a) Il y avait différentes manières de dire “oui” en latin : hō(c) et hō(c) ille. La répartition des langues néo-latines parlées en France (et un peu au delà) en « langues d’oc » et « langues d’oïl » est de toute évidence en rapport avec le type de latin vulgaire que parlaient les légionnaires lors de la conquête romaine. Ainsi les langues dites d’« oc » ont en commun d’avoir été colonisées par des troupes qui s’exprimaient en hō(c). Leur « unité », n’est donc pas intrinsèque, elle est importée. Il ne convient pas d’attribuer aux langues autochtones ce qui est attribuable à la langue de l’envahisseur.
(b) l’importance des substrats, c’est-à-dire des langues utilisées par les autochtones au moment de la conquête romaine sur ce vaste territoire entre l’Italie et l’Océan atlantique. Or la philologie romane a bien montré que c’est de la rencontre et de la « fusion » du latin et de tel ou tel substrat que sont nées les langues néo-latines que nous connaissons.
5° Compte tenu de ces deux données, il n’est pas acceptable de prétendre que les divers parlers du sud de la France constituent une seule et même langue, qu’on l’appelle « langue d’oc » ou, pire, « occitan ».
6° On semble avoir oublié les travaux réalisés par les romanistes depuis le XIXe siècle. Or ils ont clairement établi qu’on devait distinguer deux grands domaines dans les langues du sud de la France, le domaine de l’auvergnat - cévenol - languedocien – limousin - niçois – provençal, domaine toutefois composite donc aisément segmentable, et le domaine du gascon avec ses divers parlers, au premier chef le béarnais. Les critères discriminants ont été scientifiquement établis et ils sont bien connus : phonétiques, morphologiques, syntaxiques et lexicaux. Comment peut-on les ignorer ?
7° La recherche philologico-linguistique se poursuit. Si le domaine gascon est à part, avec des traits spécifiques, comme cela vient d’être rappelé, c’est que le substrat est aquitano-roman, et non « gallo-roman » comme certains l’écrivent encore (cf. Wikipedia). Le gascon, c’est bien connu, n’est pas sous influence celtique. Les Aquitains étaient ethniquement et linguistiquement différents. Il apparaît de plus en plus (grâce, entre autres, aux recherches toponymiques) que leur langue avait de nombreuses affinités avec l’euskarien, c’est-à-dire le proto-basque. Les liens historiques avec l’ibéro-roman (aragonais, castillan, portugais, catalan) ont également été reconnus.
Conclusion : non, il ne faut pas refaire l’histoire, mais la parfaire en poursuivant méthodiquement les recherches et, pour commencer, en refusant les prises de position idéologiques, sans aucun fondement scientifique, dont l’effet contre-productif est de diviser, non de rassembler.
Avril 2014

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